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La dure réalité des femmes burkinabe

Aujourd'hui c’est l’un de ces jours où j’ai le cœur brisé et ni même l’énergie que cette terre me donne chaque jour, a la force de me consoler.

 

Lundi matin nous avons reçu la visite de Madine, la mère d’Aline, une de nos anciennes élèves de l’école maternelle, qui est passée au projet de « Bourses scolaires », et que nous venons de scolariser en 2ème année de primaire dans ce cours.

 

Madine est venue nous voir pour nous dire qu’elle est veuve depuis l’année dernière, et que la famille de son mari va récupérer sa fille, « coutume sociales » malheureusement très fréquente ici, très fortement enracinée. Son grand-père paternel réclame la petite fille pour l’emmener au village. La loi ne couvre pas cette pratique, mais peu de femmes savent que la loi les protège d’une telle cruauté.

 

Le « code de Personnes et Familles » au Burkina Faso, à l’article 402, dit que, en cas de divorce ou de séparation, «... les enfants moins de sept ans seront confiés à leur mère, sauf circonstances particulières dans lesquelles cette garde soit nuisible pour l’enfant... ». Et en vu de cet article, la société conclut que, dès l’âge de 7 ans, l’enfant appartient au père. Vous ne pouvez vous imaginer le nombre de femmes séparées ou divorcées qui vivent angoissées sachant que quand leurs enfants atteignent l’âge de sept ans, si le père les réclame, elles devront les leur remettre...

 

Ces mêmes pères qui réclameront leur enfant une fois atteint les sept ans, ne leur rendent pas  visite, ni s’interessent à eux et encore moins les prennent économiquement en charge jusquà ce moment. Le drame est donc énorme, non seulement pour la mère, sinon radicalement pour les enfants qui, du jour au lendemain, vont vivre avec des inconnus.

 

Le cas de Madine n’est même pas un cas de divorce ou de séparation, parce qu’elle est veuve! Mais peu importe pour les établis et acceptés socialement ici.

 

La mère a tenté de se prévaloir du fait que Aline a une bourse d’études avec la FAR et qu’elle la perdra si elle part vivre au village, mais même ça n’a pas fonctionné. Les oncles paternels, envoyés par le grand-père pour récupérer Aline, ont dit que ce ne sera pas un problème et qu’ils se débrouilleront pour rembourser le montant de la bourse.

 

L’ange gardien de Madine l’a guidée pour venir nous voir avant de livrer Aline. Elle n’est pas venue nous demander de l’aider, le seul but de la visite était de nous informer de la situation et que, par conséquent, elle ne pourrait pas nous apporter les notes trimestrielles d’Aline, que nous exigeons à tous les bénéficiants de ka boourse pour le contrôle et le suivi du projet. Madine était convaincue que livrer Aline c’es ce qui correspond, en signe de soumission totale.

 

J’ai immédiatement appelé notre contact de l’Action Sociale, qui nous aide tant avec les cas les plus difficiles des enfants du projet de « Formation et réinsertion des enfants de la rue », pour lui demander ce que nous pouvions faire. Il a confirmé qu’en cas de veuvage l’enfant appartient toujours à la mère et il nous a conduit à un département qui se charge de ces cas.

 

La chose la plus difficile pour moi a été de voir que, après transmettre la nouvelle à Madine,  la seule réaction a été celle de nous en remercier, ceci dit avec un autre fonds dans les yeux et de nous dire qu’elle seule ne pourrait pas faire face à la famille de son mari. Qu’avant de faire quoi que ce soit, elle devait d’abord se réunir avec sa famille et voir si ils acceptaient l’idée d’aller à l’Action Sociale et prendre les mesures nécessaires afin qu’Aline n’ait pas à aller au village de son grand-père.

 

Après que Madine de lundi même nous ait appelé pour nous dire que sa famille la soutiendrait et qu’ils allaient aller à l’Action Sociale, je suis arrivée ce matin au bureau et y trouve Madine et 3 hommes qui l’accompagnent.

 

Ces trois hommes, envoyés par le grand-père, deux oncles paternels d’Aline et un troisième « Sage de la famille paternelle », étaient depuis mardi insistant sans repos pour emmener la jeune fille, sans aucune crainte de l’Action Sociale ou de la Justice. Et sur l’insistance, la nuit dernière la famille de Madine lui a dit qu’il était préférable de remettre la fille, car même si la justice était de leur côté, ils n’abandonneraient pas et qu’ils étaient fatiguée de tout ça. Que les voisins commençaient à parler... et que ce n’était pas bon pour le reste de la famille...

 

Madine est cette fois venue me voir avec eux à nouveau dans une attitude soumise d’acceptation des choses et dans le seul but qu’ils me confirment qu’ils rembourseraient la bourse d’Aline. J’ai vécu des situations très compliquées ici, mais affronter ces trois personnes ce matin a été des plus difficiles... Comment peut-on faire valoir le droit d’une femme veuve, qui est restée sans rien, à la garde de sa fille, dans une société où le  code de Personnes et Famille « social » exalte l’homme, comme chef suprême tout puissant, et où il y a une forte croyance ancestrale où les enfants appartiennent à l’homme?

La femme du Burkina Faso est une simple machine à procréer, elle est invisible, elle n’héritemême pas en cas de veuvage, tout, y compris les enfants, passe à la famille du mari. Ici la femme n’a aucune présence dans les décisions de la vie familiale, et elles sont les grandes absentes dans les cercles de décision politique et économique.

 

Je suis en colère, frustré et très triste. Bien que les « envoyés » du grand-père ont abandonné en relation à récupérer Aline, ils l’ont fait en disant qu’ « ils couperont tout lien avec elles et que si quelque chose arrive à la jeune fille, qu’elle ne compte pas sur eux ». Une phrase chargée de son angélique à mes oreilles, s’est avéré être la clé de l’issue fatale de l’affaire d’Aline...

 

La mère a lu une menace entre les lignes... elle connaît l’histoire d’une femme qui, comme elle, veuve avec un fils de 9 ans et qui, quelques mois après avoir combattu pour la garde de son fils, après avoir obtenu que la famille de son mari « coupe tout lien avec elle », l’enfant est tombé dans un puits et s’est noyé... Il n’y a aucun argument ou lois qui protège de ces croyances... Madine préfère renoncer à Aline plutôt que de passer le reste de sa vie dans la peur que quelque chose puisse lui arriver...

 

Aline part donc demain au village de son grand-père où elle ne sera pas scolarisée, où elle travaillera pour lui et oú en peut de temps elle sera donnée en mariage à un homme deux fois plus âgée qu’elle...

 

Le seul réconfort que j’ai c’est de voir arriver en peu de temps les 20 filles de la nouvelle promotion de cette année su projet « Formation de filles non scolarisées ». Le Changement social ne peut se produire que si l’on enseigne à la femme, depuis sa plus tendre enfance, en tant que femme, qu’elle peut penser, donner son avis, peut avoir préférence pour une chose plutôt qu’une autre et peut décider par elle même.

 

Bien que je ne suis pas sûre qu’aujourd'hui cela me soulagera, ce qui est certain c’est que demain ce sera un autre jour ! :-)

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