Extrait du livre sur la prévention de la maltraitance et de l’exploitation des enfants de l’Agence des Nations Unies

Suite à un nouveau cas d’abus sexuel sur l’une des filles du projet “Formation des filles sans scolarisation ” de la FAR (le troisième… que l’on sache…), je découvre “Out of the shadows”, un rapport 2020 sur les abus et exploitations sexuels d’enfants de “The Economist Intelligence Unit”, qui place le Burkina à la 59ème place (à côté du Pakistan) sur 60 pays classifiés.

Cet indice évalue la réponse de chacun des 60 pays étudiés (20 d’entre eux asiatiques, 19 africains, 10 européens, 7 sud-américains et 3 nord-américains, et l’Australie) à la menace d’abus et d’exploitation sexuels d’enfants, avec 34 indicateurs et 132 sous-indicateurs, qui cherchent à évaluer si le pays reconnaît le problème de la violence sexuelle sur les enfants, et s’ils font quelque chose pour y remédier et l’empêcher. C’est-à-dire qu’il s’agit d’un indice des pays allant du risque le plus faible au plus élevé de subir des abus sexuels sur enfants, selon que des moyens sont mis en place ou non pour remédier à ce fléau inhumain.

S’il est vrai, il n’y a aucun doute à ce sujet, que, comme le montre le rapport, la violence sexuelle des enfants “se produit partout, indépendamment de la situation économique d’un pays ou de la qualité de vie de ses citoyens”, le problème du Burkina, et d’autres pays, réside dans l’énorme manque de ressources (… et, pourquoi ne pas le dire, j’ai bien peur de la volonté aussi…) nécessaire pour faire quelque chose à ce sujet.

63% des femmes burkinabés ont été victimes de MGF à un âge moyen de 6 ans. © Les enfants de Bam

Ce nouveau cas d’une des filles de la FAR, que nous appellerons OS, violée par trois garçons, s’ajoute à celui de KA, violée par le vendeur d’une épicerie (post “Évitant un lynchage”) et celui de SS, violée par un oncle paternel (post “Sauver des vies”).

Chacun des trois cas a connu ses difficultés. Celui de OS est particulièrement compliqué car, pour le moment, on doit cacher le viol à son père, puisque, avec une certitude absolue, il va tenir la fille pour responsable et la répudier.

Le rapport “Out of the shadows” indique que “les abus et l’exploitation sexuels des enfants sont évitables, et qu’il existe des stratégies qui se sont avérées efficaces pour les réduire, lorsque le gouvernement, la société civile et le secteur privé agissent ensemble”. Bien que le Burkina Faso dispose d’une législation à cet égard, il n’a pas encore élaboré de plan d’action national pour lutter contre le problème, il manque des institutions gouvernementales nécessaires et du soutien de l’industrie, et la formation et l’orientation des professionnels impliqués dans de tels abus sont minimes.

Malheureusement, l’abus sexuel d’enfants n’est qu’une des nombreuses réalités choquantes qui leur a été donné de vivre aux filles burkinabè.

Les mutilations génitales féminines (MGF), bien qu’elles soient punies économiquement par loi depuis 1996 et seulement depuis 2018 avec des peines de prison, restent une pratique courante au Burkina. “Justifiée” pour des raisons culturelles et sociales, elle est réalisée dans des conditions inhumaines et en danger pour la vie de la fille, ce qui entraîne de graves conséquences pour la santé ultérieure de la femme.

Extrait du livre sur la prévention de la maltraitance et de l’exploitation des enfants de l’Agence des Nations Unies

Il en va de même pour le mariage des enfants. Les filles sont considérées comme étrangères à leur propre famille et comme la “ propriété ” de leur futur mari dès leur naissance. Au Burkina, 10% des jeunes femmes qui ont aujourd’hui entre 20 et 24 ans, se sont mariées avant l’âge de 15 ans, et plus de 50%, avant l’âge de 18 ans. À l’échelle mondiale, 12 millions de filles dans le monde “sont mariées” chaque année, ce qui signifie 33 000 filles par jour, soit 1 fille toutes les 2,5 secondes (source UNICEF). Grâce à la prise de conscience que nous avons menée avec toutes les filles du projet, et au courage d’OA, qui nous a prévenus avant qu’il ne soit trop tard, nous avons pu empêcher sa famille d’accueil de l’épouser à l’âge de 15 ans.

Les grossesses précoces sont une autre réalité, que nous abordons constamment dans les sensibilisations. Malgré cela, 5 des filles du projet sont tombées enceintes, ont été expulsées de leurs foyers et sont devenues mères, avec l’accompagnement et l’aide de la FAR. Le chemin n’a été facile pour aucun d’entre elles, mais surtout pour DM, que nous avons dû aider à lutter contre sa propre famille qui voulait prendre le bébé et le donner à une tante paternelle. Ou le cas de ZM, qui après avoir accouché, a été envoyée au village, où elle est détenue depuis lors par sa propre famille, jusqu’à ce qu’elle épouse le père de son fils, qui donne peu, voire aucun, de signes de vie.

Dans une société où la culture familiale est très faible en faveur de l’éducation des femmes, 32 % des filles ne vont pas à l’école primaire et plus de 52 % des filles âgées de 15 à 20 ans sont complètement analphabètes.

Formation des filles non scolarisées de la FAR

Face à cette réalité, en plus d’un accompagnement intégral des filles victimes de l’un de ces abus, dans la FAR, nous nous engageons à former et à sensibiliser, afin d’éviter de telles atrocités, à travers le projet “Formation des filles sans scolarisation”.

À ce jour, et depuis sa création en 2012, 20 nouvelles filles par an bénéficient du projet. Cette année scolaire 2021-2022, nous nous occupons de 20 filles en formation préscolaire à la FAR, 137 autres filles scolarisées et 26 autres en formation professionnelle dans des ateliers.

Toujours en respectant notre principe d’action de “persévérer plus qu’englober”, et après une étude de faisabilité, nous continuerons à parier sur ce moyen pour éviter tout type d’exploitation infantile des filles, et nous faisons un pas de plus, en ajoutant 5 autres filles bénéficiaires chaque année, ce qui fera un total de 25 nouvelles filles à partir de l’année prochaine.

Compte tenu du fait que la période de formation prévue peut durer entre 12 et 15 ans, étendre à 5 filles chaque année signifie nous lancer dans une nouvelle aventure qui aura entre 60 et 75 jeunes femmes de plus à notre charge.

Tout cela pour le bénéfice des femmes et des filles de Rimkieta et des environs. Merci beaucoup à vous tous qui rendez cela possible !