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Avoir de l’électricité, un luxe…

Mai 30, 2021 | 0 commentaires

J’avais eu quelques semaines courtes d’inspiration. Rien de troublant, un diagnostic certain : la chaleur de cette période de l’année. Mais le dimanche 16 mai a été célébrée la Journée mondiale de la Lumière, et comme par hasard, « j’ai été illuminée »

La vérité est que je ne suis pas très de « la journée mondiale de… », mais je reconnais qu’elles sont utiles, dans la mesure où elles font connaître, ou du moins rappellent, des réalités souvent inconnues, qui, dans le cas de l’electricité, c’est comprendre l’importance d’y avoir accès.

La réalité du Burkina est certes décourageante: seulement 45% de la population a accès à l’électricité, 30% seulement de sa consommation étant produite par le Burkina lui-même, qui doit importer les 70% restants du Ghana et de la Côte d’Ivoire, ce qui porte le coût de l’électricité à 20 centimes de kWh. , alors qu’en Espagne, si je ne me trompe pas, le “tarif classique” est inférieur à 15 cents le kWh. Pourquoi vous expliquer le coût de l’alimentation électrique de la FAR, qui ne peut être réduit que par des panneaux solaires, même d’un coût d’installation et d’entretien très important !

À Rimkieta, la grande majorité des maisons n’ont pas d’installation électrique, ni donc de prises pour charger, par exemple, le mobile, ni d’interrupteurs pour allumer une lampe. On ne peut pas non plus parler de réfrigérateur pour conserver les aliments, ou d’un simple ventilateur pour soulager la chaleur étouffante de la grande majorité de l’année. Et bien sûr, pas de machine à laver, télévision, ordinateur ou wifi, qui sont de véritables luxes par ici. Pouvez-vous imaginer passer seulement 24 heures dans ces conditions ?

Macron inaugure la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest. Photo : POOLAFPLUDOVIC MARIN

Depuis mon arrivée au Burkina, il y a plus de 16 ans, non seulement je n’ai pas remarqué d’amélioration dans ce domaine, mais j’oserais dire que chaque année va en empirant. Et ce ne sera pas faute d’efforts du gouvernement, car je me souviens bien quand Emmanuel Macron est venu inaugurer en 2017 ce qui était à l’époque la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest. Mais la croissance de la demande est bien supérieure à la capacité d’expansion de la production du Burkina et d’importation du Ghana et de la Côte d’Ivoire, le tout sans entrer dans l’effet de perception fiscale, qui sûrrment contient les tarifs.

Comme nous l’expliquait il y a quelques jours le Directeur Général de la SONABEL (Société Nationale d’Electricité du Burkina Faso), essayant de justifier les coupures d’électricité de cette année, qui sont bien supérieures à celles déjà démesurées d’autres années, tant le Ghana que la Côte d’Ivoire souffrent d’une sécheresse inhabituelle qui les a contraints à fermer plusieurs de leurs centrales hydroélectriques et à diminuer la quantité d’électricité qu’ils peuvent nous exporter

La COVID-19 n’aide pas non plus dans ce domaine, car elle a forcé à paralyser la construction d’une nouvelle centrale solaire déjà en cours.

Les conséquences de la pénurie d’électricité, essentielle au développement et à la qualité de vie, sont innombrables, tant sur le plan social qu’économique.

Difficile de se concentrer en classe pendant ces mois de canicule, à environ 45º, dans des salles de classe trop massives (en moyenne entre 80 et 100 élèves par classe dans la plupart des écoles publiques), où il n’y a même pas un maigre ventilateur…

Étudier à la lumière d’un réverbère. Photo : film “L’espoir de lampadaire”

Un garçon qui quitte l’école à 17 heures et doit marcher ou, espérons-le, pédaler, sûrement plus d’une demi-heure pour rentrer chez lui, dispose tout au plus d’une heure de lumière pour pouvoir étudier et faire ses devoirs. Car ici, à partir de 18h30, il fait déjà nuit. Je m’émerveille encore de voir comment, à la tombée de la nuit, de jeunes étudiants profitent de n’importe quel point de lumière, comme, par exemple, les lampadaires des voies goudronnées du centre de la capitale, pour s’asseoir sur le sol avec leurs notes pour étudier. D’où l’importance d’une simple ampoule, avec un grand tableau noir, pour faciliter l’étude des jeunes à l’extérieur du bâtiment du Cyber de la CCB (Communauté Cristina de Base), où nous avons aussi les projets Molino et Banque de céréales, ainsi que le puits “Luis” et la “Placita”, que nous avons arboré et encerclée il y a déjà des années, pour le centre de réunion des voisins de cette zone.

Le manque d’accès à l’électricité a également un effet négatif sur le quotidien des filles qui, dès leur plus jeune âge, ont l’obligation quotidienne d’aller chercher du bois de chauffage ou du charbon de bois à la première heure du matin pour cuisiner.

En outre, la consommation de bois de chauffage a des effets néfastes de déforestation, que nous essayons d’atténuer par le biais de notre projet “plantation d’arbres”. La combustion du bois, ainsi que celle du charbon et celle d’autres combustibles comme le kérosène, a un degré élevé de pollution, qui cause des dommages irréparables au système respiratoire des enfants et peut causer la mort.

Bien entendu, le manque d’éclairage urbain accroît l’insécurité et facilite la criminalité, qui a considérablement augmenté ces dernières années.

Outre les problèmes de ne pas avoir accès à l’électricité, nous rencontrons ceux qui en découlent de sa mauvaise qualité, en cas d’accès à l’électricité.

En 2019 (pas de données pour 2020), il y a eu environ 150 pannes d’électricité au cours de toute l’année, soit une panne tous les deux jours et demi. Sans compter les heures d’alimentation en tension minimale, insuffisante pour le bon fonctionnement de la plupart des appareils électroménagers et machines. La coupure d’électricité entraîne d’innombrables pertes pour les petits commerçants qui en dépendent, une insécurité alimentaire accrue, en raison d’une mauvaise conservation et de dommages aux appareils électriques.

Projet de tableau noir éclairé au CCB pour que les élèves puissent faire leurs devoirs et réviser au coucher du soleil.

C’est précisément au moment où je vous écris que nous sommes sans électricité depuis deux heures, mais nous pouvons continuer à travailler, grâce au système de convertisseur de tension et de batteries que nous avons installé. Et je me rends compte, que survivre aux coupures d’électricité est lui-même un luxe, dans la mesure où cela signifie que nous avons de l’électricité.

Je pourrais continuer longtemps, mais je pense que c’est déjà suffisant pour mon premier post sur la Journée mondiale de la Lumière. C’est annoté à mon ordre du jour et l’année prochaine vous en aurez plus.

Nous continuons !