Différents masques faciaux vus à Ouaga. Photo: Anne Mimault

Vous n’imaginez pas la recharge d’énergie de tous vos messages de soutien et d’affection, suite au dernier post en relation avec l’arrivée au Burkina du COVID-19. Beaucoup d’entrer vous me demandent comment nous allons. Si je réponds san plus, je vais vous dire très bien, parce que c’est vrai, mais si je prends une seconde pour y réfléchir, je me rends compte que personnellement, je passe la journée à retenir mon souffle, comme si cela pouvait aider à ce qui vient à peine de commencer, cesse vite. Le 9 avril dernier, cela faisait un mois que le premier cas a été confirmé au Burkina, et depuis lors, les messages émis par les différentes autorités traditionnelles, les chefs tribaux et les autorités religieuses et sociales n’ont pas manqué, invitant la population au plus grand respect pour les mesures préventives. Beaucoup de dons des grandes entreprises du pays, d’une valeur de plus de 2 millions d’euros, n’ont pas non plus manqué.

Programme de classe de soutien à la télé

Et je mettrais en avant une initiative d’un réseau de télévision privée, en réponse à la fermeture des écoles, qui diffuse chaque jour un programme de classes de soutien aux élèves en cours d’examen (6e et Terminale). Magnifique initiative, mais malheureusement à Rimkieta, la grande majorité de la population n’a pas d’électricité à la maison, donc ne parlons même pas d’avoir une télévision …

Nous, à la FAR, toujours très attentifs à l’évolution de la situation, continuons sur la même ligne que nous commentions dans le dernier post de mars (https://www.amigosderimkieta.org/lo-que-nos-faltaba-el-covid-19-ya-esta-aqui/). Tout le personnel lié aux projets d’éducation travaille à domicile, avec le système de suivi, de contrôle et de continuité de la sensibilisation personnalisée de chaque enfant par téléphone, qui fonctionne très bien, bien que nous ayons dû faire plusieurs déplacement chez certains enfants, pour traiter une situation qui l’a ainsi exigé. Le personnel de gestion et la direction continuent de travailler depuis Rimkieta, car les projets d’assistance sanitaire, de banque et  moulin de céréales, les puits, vergers, bicyclettes et plantation d’arbres sont toujours en cours, mais le personnel et les bénéficiaires, respectant rigoureusement les mesures de protection établies.

Un marché de Ouaga

Au niveau du pays, une autre mesure plus risquée a suivi  quelques jours plus tard les premières mesures gouvernementales que j’ai mentionnées dans le post précédent, parce qu’elle affecte beaucoup de femmes qui vivent sur le peu qu’elles peuvent gagner pour soutenir la famille jour après jour: la fermeture des marchés. J’ai été émue de voir, une fois de plus, que la femme burkinabé est une combattante innée, et beaucoup d’entre elles ont dû être expulsées du marché par la police par la force parce qu’elles en refusaient la fermeture.

Dans le plan d’accompagnement et de soutien des personnes touchées par les mesures exceptionnelles prises par le gouvernement pendant toute la durée de la pandémie, il y a la création d’espaces appropriés pour les ventes sur le marché, dans lesquels les consignes de sécurité peuvent être respectés.

Différentes équivalences de 0,08 € au Burkina

Pour le moment, trois semaines après l’annonce, rien n’est en cours et les femmes se sont débrouillées et ont déplacé leurs petits stands du marché à un coin de rue. Mais même ainsi, elles ont du mal, et ce matin même Clarisse, un de mes anges gardiens au Burkina qui s’occupe de mon fils Wendkuni depuis sa naissance, est allée acheter à une femme qui a mis son petit stand dans notre rue même. Et elle est rentrée à la maison chargée, non seulement de les légumes, mais aussi de gratitude de la femme, qui n’a pas cessé de lui répéter, entre bénédiction et bénédiction, que c’est la première vraie vente qu’elle fait (nous en avons profité pour approvisioner de légume pour une semaine entière) en deux jours.

La fermeture des marchés a fait monter en flèche la demande de la Banque céréalière, et nous sommes passés de la vente, à un prix social, d’environ 4 sacs par jour, ce qui équivaut à environ 800 rations alimentaires/jour, au double, environ 8 sacs/1600 rations par jour.

Un des forages Jeanologia de la FAR

Une ration alimentaire  en revient à  à un demi-kilo de maïs … Pour vous donner une idée, le prix social que nous faisons à la Banque est de -0,08 euros par assiette de maïs sur le prix du marché. Ces 0,08€ sont équivalents à 2 tomates ou deux carottes, ou un oignon ou une courgette ou un concombre, ou deux bouquets de persil ou deux têtes d’ail.

Nous nous sommes également alignés sur une autre mesure du Gouvernement : la gratuité de l’eau de tous nos puits, un bien toujours nécessaire, mais beaucoup plus en ces temps car elle joue un rôle clé dans la prévention de la propagation du virus.

Je dois avouer que le fait de pouvoir répondre à l’extraordinaire demande de maïs de la population et de fournir l’eau gratuitement, vient atténuer d’une certaine manière la frustration de voir que d’autres projets FAR sont dans un stand-bye nécessaire jusqu’à ce que la crise passe.

Nous avons officiellement à ce jour (21/04/2020), 581 cas confirmés de contagion et “seulement” 38 décès. J’espère que ces chiffres sont réels, même si j’ai très peur qu’il y ait beaucoup de raisons pour lesquelles ce n’est pas le cas…

Cartographie des districts du Burkina Faso touchés par COVID-19. La superficie agrandie correspond à Ouagadogouo, la capitale.

Comme, par exemple, que la moyenne de tests quotidiens des nouveaux cas qui sont effectués ne dépasse pas 75… Ou que le système de santé mis en place exclusivement pour gérer le COVID-19 s’est effondré peu après, comme prévu, en raison de l’énorme manque de ressources et de la fragilité du pays.

Centre de recherche biomoléculaire Pietro Annigoni de Ouaga. Photo: Autre Press par DR

Le “3535”, le numéro de téléphone exclusif mis en place pour l’examen des cas potentiels de contagion, n’est absolument pas disponible. Jusqu’à il y a quelques jours, il n’y avait qu’un seul laboratoire équipé pour analyser des échantillons de contagions potentiels dans tout le pays, situé à environ 250 km de la capitale, où se trouvent en ce moment plus de la moitié des cas analysés. Je ne veux même pas imaginer le cumul d’erreurs possibles dans le transport d’échantillons d’ici là-bas… Plus inquiétant encore, dans tout le pays,il n’y a que 15 lits de réanimation (unités de soins spécialisées pour compléter une défaillance vitale d’un ou plusieurs organes) et 11 respirateurs, qui sont utilisés lorsque la faille est de nature respiratoire.

Comme il n’y a aucune possibilité de décréter un confinement, mon impression, en apparence, et avec de nombreuses nuances, est que la vie ici reste la même.

Les données sur le faible nombre de contagions et les défunts “officiels” que je vous disaient, qui sont publiées quotidiennement dans tous les médias, et qui envoient un message que “cette histoire du COVID-19 est une chose de blancs” n’aident pas non plus à prendre au sérieux la pandémie  et conduisent les gens, malgré la sensibilisation constante, à baisser leur garde …

Donc, je suis sûre que vous comprendrez facilement que je passe toute la journée à retenir mon souffle… Mais je reste animée et confiante, et très reconnaissante pour toute votre affection et votre soutien. Et confiant à notre Dame de Yagma que tout cela passe vite.