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Il ne manquait plus que ça… Le COVID-19 est déjà ici !

Mar 24, 2020 | 0 commentaires

Affiche avec les recommandations du gouvernement du Burkina Faso pour éviter la contagion

C’était inévitable, bien qu’espérant que peut-être une sorte de “justice naturelle des choses” ferait que ce sacré (pour ne pas l’appeler autrement) coronavirus passerait son chemin sur ce continent qui souffre de tant d’autres “virus” (non seulement porteurs de maladies), il n’en a pas été ainsi.

Dans un pays si pauvre, depuis longtemps en guerre islamiste, et où maintenant tout s’est compliqué avec une sorte de guerre civile, nous sommes en train “d’entrer dans le tunnel” du COVID 19, ce qui nous manquait !

Il y a seulement deux semaines, ils ont diagnostiqué le premier cas d’infection. Le gouvernement, dans l’attente de voir l’évolution pour prendre d’autres mesures, a, pour l’instant, dicté ce qui suit :

  1. Fermer les frontières aériennes et terrestres, à l’exception du transport de marchandises ;
  2. Fermeture de toutes les institutions de l’enseignement ; des sociétés de transport collectif ; de tous les établissements de loisirs (bars, boîtes de nuit, etc.) ;
  3. Les restaurants ne peuvent servir que des plats à emporter ;
  4. Couvre-feu de 19h à 5h ;
  5. Interdiction des réunions de plus de 50 personnes.

«Maison» de Rimkieta

En outre, l’Église catholique ainsi que la Protestante et, la communauté musulmane, organisations de grande importance dans cette société, ont suspendu toutes les célébrations religieuses.

Le couvre-feu peut sembler insuffisant, mais la réalité ici doit être prise en compte… Il est très difficile de décréter l’enfermement total. Presque aucune famille n’a la capacité de stocker les aliments minimums nécessaires pour se confiner ni même pendant 24 heures. Dans un “logement” d’une seule pièce de quelques mètres carrés et sans électricité… peu de possibilité de stocker… Comme vous m’avez entendu dire plusieurs fois, ici nous survivons au jour le jour. Les femmes doivent sortir dans la rue tous les jours pour gagner un peu d’argent pour acheter le strict minimum pour manger ce jour-là ou pour aller chercher l’eau et le bois de chauffage pour cuisiner.

Cela explique la mentalité générale qui prévaut maintenant : “Si je ne meurs pas du coronavirus, je vais mourir de faim, et j’ai plus de chance de mourir que celle-ci que du coronavirus”…  Aussi réaliste que ça. C’est dur.

Samedi dernier, le 22 a été le premier jour de couvre-feu. Je me sens motivée de voir que la police ait pris très au sérieux de respecter l’ordre. Mais je suis choquée et attristée de voir comment c’est fait. Parce qu’ici, l’amende pour être sorti dans la rue, ne fonctionne pas et le système pour vous renvoyer à la maison si vous avez sauté le couvre-feu est de vous rouer de coups … Ce même samedi soir, nous avions déjà quelques vidéos et des images choquantes à ce sujet. Et aussi certaines «amusantes», comme celle des trois vieillards qui ont été attrappés quand ils n’auraient pas dû être là, et à qui la police a mis sur le sol pour qu’ils fassent des pompes tout en répétant: «Je dois respecter le couvre-feu, je dois respecter le couvre-feu, je dois respecter le couvre-feu…”

Une femme vendant des tomates et des concombres, une activité qui lui permet de survivre de jour en jour

À la FAR, en plus d’avoir tenu plusieurs réunions avec l’ensemble du personnel pour expliquer les mesures de prévention bien connues, avant même que le premier cas ne soit déclaré ici, tout le personnel lié à des projets éducatifs (Maternelle; Formation et réinsertion des enfants de la rue; Formation des filles non scolarisées; Bourses d’études scolaires et universitaires; Entrainement sportif et alphabétisation des mères) travaille déjà “depuis chez lui”. Nous avons établi quelque chose, de très simple, mais qui, nous l’espérons, sera efficace : appels téléphoniques de suivi à tous les enfants des projets, pour continuer à sensibiliser les gens sur les mesures de prévention de la contagion, et pour leur rappeler que, même s’il n’y a pas d’école, ils doivent étudier à la maison. Du courage pour faire, avec détermination et affection, quelque chose dont on doute de son efficacité dès sa racine. Mais nous le faisons.

Le projet d’Assistance sanitaire, en raison de sa nature particulière, et la Banque, le Moulin et les Puits, qui sont de tout premier besoin, sont toujours en marche en attendant l’évolution de la situation. L’insistance sur les mesures de protection, tant du personnel (masques et gants), que des bénéficiaires de ces projets, fournissant de l’eau avec de l’eau de Javel et du savon pour se laver les mains, est permanente.

Entrée du bureau administratif de la FAR équipé d’un lave mains obligatoire avant d’entrer, et Bassila, l’une des gardes, dûment approvisionnée.

Le Verger, géré par les femmes qui “opèrent seules” et peuvent continuer à s’occuper de leurs parcelles et à vendre leurs laitues, poursuit son activité, également pour le moment, et en attente de ce qui passera.

La livraison de Vélos et la Plantation d’arbres sont en stand-by. Et les Microcrédits, dont la gestion, comme vous le savez, nous avons “externalisée” à une institution de microfinance sociale, créée par l’association Française “Entrepreneurs du Monde”, suivent également leur activité, avec les mesures de précaution qu’ils estiment opportunes à appliquer.

En date du 23 mars, il y avait 114 cas officiellement confirmés, environ 800 personnes en observation et “confinement obligatoire” pour avoir été en contact avec les malades, et 4 décès. Je ne sais pas si ces chiffres sont beaucoup ou trop peu pour commencer, et je ne suis pas sûre qu’ils correspondent à la réalité non plus … Je suppose que la courbe dont vous parlez tellement là-bas sera plus ou moins la même … Des semaines, ou peut-être des mois, d’inquiétude en attente…

African descent pleading hands isolated on white

Mais ce que je pense savoir, c’est que si ce qui est dit au sujet du virus qu’il n’aimait pas la chaleur, qu’il ferait une extension de la contagion moins rapide et virulente, n’était pas vrai et qu’il évoluerait comme il le fait dans les pays les plus expérimentés, nous pouvons nous mettre en garde. Que la Patronne, Vierge de Yagma, nous protège !

Je ne vais pas vous tromper, quand vendredi dernier après-midi ils ont décrété la fermeture des frontières pour le dimanche, et ils ont averti tous ceux qui veulent quitter le pays pour qu’ils se dépêchent, la gorge se noue et on y pense … Parce que, bien que la situation de fragilité qui traverse déjà le Burkina pourrait facilement conduire à un nouveau coup d’État ou un soulèvement populaire, et nous avons donc été prêts et préparés pendant des mois (mentalement et matériellement), pour un certain isolement, en aucun je ne pouvais imaginer cet autre type de confinement, comme c’est le fait dans les pays très développés, et il m’a pris complètement par surprise, comme tout le monde, bien sûr!

Je suis conscient qu’aujourd’hui, qui allait nous le dire, nous sommes mieux ici que là-bas, et que nous nous concentrons tous sur la prière, les croyants et les non-croyants, chacun à sa manière, pour l’Espagne, l’Italie, la France, etc. Mais s’il vous plaît ne nous oubliez pas et faites nous une petite place dans vos prières et vos pensées afin que la bestiole éprouve qu’elle n’aime pas cette chaleur de plus de 40º et décide de passer son chemin …

Nous comptons sur vous! Merci beaucoup!