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“Primum vivere, deinde philosophare” (“Vivre d’abord, ensuite philosopher”) por JCVD

Avr 1, 2021 | 0 commentaires

Dans la causerie du dimanche, nous avons appris aux enfants qu’ils doivent tous apprendre à vivre ensemble, comme des frères, et favoriser la compréhension et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots”. D’après un reportage de Jacques, responsable du projet de Formation et de Réinsertion des enfants de la rue, sur l’une des causeries formatives que nous donnons.

Moment de la causserie formative de l’activité de formation des dimanches pour les enfants de la rue

Refaire des habitudes et des références, c’est-à-dire des valeurs, chez un enfant qui erre dans la rue depuis longtemps dans le seul but quotidien de trouver quelque chose à manger, parfois à tout prix, demande dévouement, patience, et surtout des idées claires, de la force et de la persévérance. Il ne s’agit pas seulement de nourrir le corps, ce qui est indispensable. Il ne s’agit pas non plus seulement de faire pousser leur petite tête vide, ce qui est nécessaire. Il s’agit avant tout d’essayer de reconduire leur personnalité. Parce que “Vivre d’abord, ensuite, même si c’est de droit naturel, peut finir par justifier un concept de vie non seulement déjà égoïste, mais prédateur social.

Des enfants de la rue prêts à mendier avec leurs canettes. Photo: Senvisions.com

On appelle “enfants de la rue” les enfants qui, avec ou sans toit pour la nuit, (là-bas on survir avec peu de toit, sauf pendant la saison des pluies), errent dans les rues jour et nuit en quête de nourriture. La plupart d’entre eux n’ont pas de famille, et ceux qui ont de la famille, celle-ce est si déstructurée à cause de la misère, que c’est comme s’ils ne l’avaient pas. En l’absence d’une référence vitale minimale de la part des parents, la seule qu’ils ont est celle d’autres enfants comme eux, dans la même indigence et solitude vitale. Survivre à tout prix est le seul but de leur errance. Et pour ça, ça vaut n’importe quoi, voler, trafiquer, se prostituer.

Cherchant quelque chose à manger à la poubelle

Le proverbe dit  “la faim est un mauvais conseiller” et fait référence à ce que, dans des situations d’extrême nécessité, nous pouvons en venir à accomplir des actes répréhensibles dont nous pouvons nous repentir. Ou, pire encore, des actes dont on n’a pas mauvaise conscience par manque de critère moral, en l’absence de ce sentiment digne de repentir dans le bagage culturel d’une personne.

Mais le savoir commun est plein de ce genre d’expressions et de dictons “On s’habitue à tout, sauf à ne pas manger”. Cet adage, qui a besoin de peu d’explications, fait référence au fait que les êtres humains ont généralement la capacité de s’adapter à n’importe quel type de circonstance négative. Cependant, il y a certains besoins primaires qui doivent nécessairement être satisfaits.

Dans toutes les grandes villes, il y a des enfants de la rue, plus ou moins planqués. À Barcelone même ou à Madrid, il y a des bidonvilles pleins d’enfants des rues ou “dans la rue”, ce qui est pareil pour ce qui nous concerne: ils n’ont pas de soutien physique ou moral, ni physique ni moral, et leur énergie vitale vient du désir de vivre stimulé par une sorte d’insécurité totale, même dans le plus essentiel. Ce sont ce que le pape François a appelé “rejetés”, parce que personne ne compte sur eux, peut importe leur âge, et dont la disparition non seulement passe inaperçue par la grande majorité, mais est souhaitée par une partie de la population.

À la recherche de quelque chose à revendre à la poubelle. Photo: RFI

L’une ou l’autre de ces créatures est donc un véritable survivant et, à l’avenir, un prédateur social potentiel “Primum vivere, deinde philosophare”, selon le vieil adage latin.

On peut imaginer, mais à peine pour la plupart des Occidentaux, ce que l’une de ces créatures à peine réveillée doit ressentir tous les matins : “Voyons si aujourd’hui je mange… quelque chose”.  On dit qu’au Sahel, le salut “bonjour” n’est pas seulement de la courtoisie, mais, même à tout moment de la journée, il porte implicitement le message “aujourd’hui, j’ai déjà mangé” D’autant plus pour ces enfants!

Eh bien, il y a plus de trois lustres, notre grand Idrissa, alors en charge de la formation des enfants par le sport, qui était sa vie, nous a convaincus qu’il y avait un collectif appelé “enfants de la rue” qui en valait la peine. D’après son argument convaincant, nous avons trouvé très probable qu’il savait d’une manière personnelle de quoi il parlait… On ne l’a jamais découvert, par délicatesse. Mais nous avons toujours été convaincus que ce n’est pas par hasard qu’Idrissa avait cette fixation dans son cœur.

Tiret de l’une des causseries de la formation des dimanches

Et nous avons commencé un projet de recrutement et de protection intégrale des enfants à risque sérieux d’exclusion sociale, qui voudraient s’adapter à certaines règles du jeu. Seulement une quinzaine d’entre eux par an. Nous en sommes donc arrivés à près de cent cinquante enfants qui se nourrissent et se forment, et certains sont déjà “de retour à la vie” avec leur métier et un minimum d’études.

Tâche laborieuse, pas facile. Parce que, par exemple, pour que les enfants des rues en ateliers puissent assister à leur formation, nous devons leur donner un sandwich à la première heure du matin, car très probablement, la veille, ils n’ont pratiquement rien dîné.

Mais il ne faut pas seulement prendre soin de leur corps et de leur tête. Beaucoup de mauvaises habitudes, résultant de leur situation et leurs compagnies, doivent être reconduites. Nous devons cultiver le bien que nous avons tous à l’intérieur, mais qui peut finir par être obscurci par des circonstances qui peuvent être très opressives, même pour les personnes les plus équilibrées et fortes. En guise d’illustration, la situation actuelle de millions d’“Occidentaux” qui, après des mois d’oppression par une pandémie, incontrôlée dans la plupart des pays, “nous nous sentons bizarres”, c’est-à-dire, nous sommes perturbés. Adultes! Imaginons un enfant.

Activités ludiques et sportives comme “appats” pour la présence des enfants à la causserie des dimanches

Dans toute cette culture de la personne, il est essentiel d’illustrer et d’expliquer à ces créatures, parce que sûrement personne ne l’a fait, que le bien est bon, et le mal est mauvais, dans tant de facettes de la vie. L’une d’elles, délicate, est l’égalité essentielle de chaque être humain, et la valeur de l’amitié non utilitaire. Si quelqu’un ne s’est pas exposé à cette lumière et que son moyen est l’obscurité, il ne découvrira guère que l’autre vaut autant que soi- même, et que son amitié est quelque chose de naturel et différent de l’intérêt, même légitime, que l’on pourrait avoir.

Les dimanche matin, nous organisons une activité destinée à tous les enfants du projet, qui en arrivent déjà à 136 cette année, au CIEPYD (Centre d’intégration scolaire, professionnelle et sportive), que nous avons construit pour eux en 2007. En utilisant comme appâts des activités ludiques-sportives (ligues de football, pin-pon et baby-foot) et des cours de musique (qu’ils adorent parce qu’ils l‘ont dans la peau!) ou du théâtre, ainsi qu’un sandwich au beurre et un substitut du cacao, les enfants s’amusent et socialisent dans un environnement sain, et Jacques et son équipe leur donnent quelques causseries de formation, dans lesquelles ils leur expliquent des principes de santé , d’hygiène, de citoyenneté et de culture, comme celle reflétée dans le paragraphe du rapport copié ci-dessus.

On y travaille, et nous avons eu toutes sortes d’expériences et de résultats, la plupart du temps très pleins d’espoir, avec certains “ex-enfants des rues” déjà professionnalisés, qui mènent une vie citoyenne normale.

Moments de danse et de joie dans l’activité musicale des dimanches

Nous continuons!