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Sauvées des mutilations génitales féminines !

Oct 28, 2019 | 0 commentaires

Une des sessions de femmes de la campagne menée par les FAR

Lorsque nous avons conçu l’un des nouveaux projets de cette année, la campagne de sensibilisation contre les MGF (mutilation génitale féminine), une pratique interdite et pénalisée au Burkina Faso depuis 1986 mais qui est malheureusement encore très active, aucun d’entre nous ne pouvait rêver l’impact que, moins de 48 heures après l’avoir effectuée, elle a déjà eu, et qui me tient assise en face de l’ordinateur avec un sourire.

Comme d’habitude dans la gestion de la FAR, après la réalisation de tout projet, nous effectuons des évaluations successives pour apprécier les résultats obtenus et l’accomplissement des objectifs fixés et déterminer les améliorations possibles.

Une femme montre la lame utilisée pour effectuer les MGF. Photo: Ivan Lieman. Barcroft Media

En ce qui concerne la prise de conscience contre les MGF que, comme je le disais, nous venons de tenir, cette réunion a eu lieu ce matin avec les agents de l’Action Sociale publique avec lesquels nous l’avons effectuée.

Dès le début de la réunion, les deux agents ont ignoré le protocole de salutations, avec lequel toutes les réunions commencent, qui consiste généralement à nous demander, en se serrant la main et sans la lâcher jusqu’à la fin, comment on va, comment va la famille , comment tout se passe au travail, comment vont les «gens du village» (tout le monde a de la famille dans un village), comment va la santé, etc et sont allés directement nous informer, avec une grande joie, que ce matin même, ils ont procédé à l’arrestation de trois “vieilles sorcières” (vieilles sorcières, comme sont appelées ici les femmes qui pratiquent la mutilation), qu’ils ont trouvé sur le point de pratiquer la mutilation d’une fillette de deux ans, et qu’elles avaient deux autres filles (bébés), “en attendant leur tour dans les bras de leurs mères …

Une des sessions de hommes de la campagne menée par les FAR

Cela a été possible parce qu’un homme, qui voulait garder l’anonymat mais qui avait assisté à l’une de nos séances de sensibilisation, est allé dénoncer qu’il croyait qu’une de ses voisines commettait cette atrocité. La Providence a voulu que juste au moment où ils sont allés faire la visite pour vérifier la plainte, les agents se sont trouvés face à une telle scène et ont été en mesure de l’éviter.

Comme je le disais, aucun d’entre nous ne pouvait imaginer un résultat de la sensibilisation aussi vite visible. Nous ne pouvions pas non plus imaginer les débats animés après les sessions, dans lesquels nous avons constaté que beaucoup des mythes autour du sujet sont encore vivants (comme l’augmentation de la fertilité des femmes, ou la prévention des maux chez les nouveau-nés, ou qu’il rend les femmes plus heureuses, ou qu’il est obligatoire dans certaines religions, ou que l’éradication est une question de blancs pour éliminer leurs traditions et imposer les nôtres).

Photo: wakat info

Nous n’avions pas non plus imaginé la crudité des témoignages que certains des participants ont partagés avec les personnes présentes, parmi lesquels je voudrais souligner :

A.M. 35 ans, mère d’un des enfants de la maternelle: “Une connaissance de mon mari, après avoir  épousé une femme qui n’était pas mutilée, l’a convaincue de le faire. La femme a accepté et suite à la mutilation, la femme a été physiquement anéantie. Comme le mari ne pouvait plus avoir de relation intime avec elle, il l’a quittée pour une autre femme. Nous ne pouvons pas et ne devons pas tolérer ce genre de choses !

B.R., 62 ans, grand-mère en charge de l’un des enfants du projet Formation et Réinsertion des enfants de la rue : « Moi, à mes 62 ans que j’ai déjà, j’ai vécu un drame à cause de la mutilation. Il ya a de ça  40 ans, une jeune femme est morte avec son bébé à cause de cela dans la salle d’accouchement, parce que à cause de la mutilation, le bébé ne pouvait pas sortir. La médecine était très peu développée à l’époque et nous étions en plus au village, ce qui faisait que les médecins soient incapables de faire quoi que ce soit pour les deux. Leur souffrance était terrible. Son mari n’a pas pu refaire sa vie et est resté seul pour le reste de ses jours.

Photo: Unicef

A.K., 26 ans, mère d’un enfant de la maternelle : « Je suis très probablement le plus jeune de tous les présents ici aujourd’hui. Je crois que la mutilation est un crime et je veux demander à chacun de prendre conscience du mal que nous faisons à nos mères, nos sœurs et nos filles pour que cette pratique meurtrière cesse. Ouvrons les yeux sur cette réalité !

K.P., 51 ans, père d’un enfant du projet Formation et réintégration des enfants de rue : « Je ne suis pas de ceux qui parlent à ce type d’événement, mais j’écoute des gens ici aujourd’hui essayer de justifier la mutilation comme une chose bonne de notre culture et je ne peux pas me taire. Nous devons savoir que nos grands-parents, arrière-grands-parents et arrière-arrière-grands-parents l’ont pratiqué parce qu’ils ignoraient beaucoup de choses. Et c’est incompréhensible qu’aujourd’hui nous nous cachions dans leur ignorance pour continuer à la pratiquer. La fille d’un ami a été mutilée, après quoi elle n’a plus jamais pu contenir ses besoins. Il faut arrêter cette pratique terrible »

Le projet de sensibilisation comprend également l’accompagnement de la FAR aux femmes qui en ont souffert et qui veulent être reconstruites. Nous avons la chance d econnaître le Professeur Michel Akotionga, un médecin de grand prestige qui, d’une manière totalement altruiste, s’y consacre.

Professeur Akotionga Photo: María Rodríguez

Selon les derniers chiffres de 2015 de l’EMCBF (Enquête multisectorielle continue du Burkina Faso), 68% des femmes âgées de 15 à 49 ans et 11% des filles de 0 à 14 ans sont mutilées. Ce qui signifie que le pourcentage de femmes qui ont participé à la sensibilisation est également élevé.

Soyons confiants qu’un autre des résultats de la sensibilisation soit d’avoir encouragé les nombreuses femmes présentes qui en souffrent, de se libérer du poids des conséquences de la mutilation et d’être encouragées à aller voir le Professeur !

¡Soyez confiants vous aussi, aussi lointain que ce problème puisse paraître…!