Blog

< Retour

Sauver des vies

Oct 5, 2020 | 0 commentaires

Une image fidèle de ce qu’est le profil d’une jeune fille bénéficiant du projet de “Formation des filles non scolarisées” de la FAR : une fille nettoyant les assiettes du repas au lieu d’être à l’école.

“Le cas d’AB n’est pas un cas isolé ; La FAR sauve des vies. Je ne crois pas que vous en ayez conscience et il me parait juste de le faire savoir ”. Mme, Brigitte, psychologue pour enfants.

Dans un milieu, celui du Burkina, où il y a une pénurie de tout, Mme. Brigitte est un cadeau du ciel pour la FAR. Ici, par exemple, il y a un médecin pour 15 300 habitants et 0,4 spécialiste de la santé mentale pour 100 000 habitants. Comme référence, le ratio en Espagne est de près de 4 médecins pour 1.000 habitants et 6 psychologues cliniciens pour 100.000 habitants.

Nous renvoyons à Mme. Brigitte tous les cas qui puissent requérir son assistance professionnelle. À sa connaissance du sujet (je ne connais pas son âge, mais elle est grand-mère et a été psychologue pour enfants toute sa vie), se joint une grande connaissance de l’environnement burkinabé. Les deux sont primordiales pour être en mesure de faire face avec compétence aux problèmes que nous rencontrons.

Une autre bénéficiaire potentielle du projet “Formation des filles non scolarisées” : une fille de 8 ans à peine gardant un bébé, qui a été envoyée acheter les condiments pour préparer le repas.

Actuellement Mme. Brigitte rend régulièrement visite à 7 filles du projet “Formation des filles non scolarisées”.

Vous vous souviendrez d’AK (https://www.amigosderimkieta.org/fr/evitant-un-lynchage/), la jeune fille de 13 ans qui a subi des abus sexuels par le vendeur d’une épicerie, et dont l’évolution est bonne, bien qu’elle ait encore un long chemin à parcourir.

Quelques mois plus tard, nous avons découvert qu’une autre des filles, SS, 9 ans, avait également subi des abus sexuels de la part d’un oncle paternel. SS, orpheline de père, vit avec sa grand-mère paternelle à Ouaga, parce que la mère ne peut pas prendre soin d’elle. La grand-mère était au courant de l’abus, mais n’était pas en mesure de faire quoi que ce soit à ce sujet et a dû détourner le regard, par crainte de son propre fils.

Mme. Brigitte travaille avec les deux filles pour guérir les blessures et les traumatismes causés par les abus afin qu’elles puissent avoir une relation ordinaire avec les garçons. Dans le cas de SS, Mme. Brigitte travaille également en parallèle avec sa grand-mère pour qu’elle puisse regagner la confiance de sa petite-fille.

AB, 13 ans, et MZ, 12 ans, sont deux filles qui, abandonnées par leurs parents, vivent dans différentes familles d’accueil (un oncle paternel dans le cas d’AB et la grand-mère paternelle dans celui de MZ). L’énorme manque d’affection des filles dans cette situation les amène à en chercher en ayant des relations intimes avec des garçons “au plus offrant”. La carence affective chez les deux filles est énorme et elles confondent l’attention qu’elles trouvent dans les relations avec les garçons, avec la véritable appréciation, l’affection, la tendresse et l’amour. J’applaudis la relation de confiance que Mme. Brigitte a créé avec chacune d’elles et le naturel avec lequel les filles lui parlent d’un sujet aussi sensible, fondamental sur le chemin de l’estime de soi des filles.

Et une image de plus d’une fille qui, au lieu d’être à l’école, va chercher de l’eau dans le puits.

Il ne manque pas non plus de cas de grossesses précoces. Actuellement RS, 16 ans et ZM, 17 ans, sont enceintes. Comme dans le cas d’AK (https://www.amigosderimkieta.org/fr/grossesse-a-16-ans/), parce qu’elles ne sont pas mariées, la tradition des ethnies des deux familles les a forcées à quitter la maison familiale et à aller vivre avec la famille du père de l’enfant, au risque que le propre père de chacune des filles meure tragiquement, si elles restent à la maison pendant la grossesse. Donc, comme je l’ai commenté dans le post AK, une grossesse précoce ici, la plupart du temps sans que les filles prennent conscience de la façon dont c’est arrivé, les conduit automatiquement à l’expulsion de la maison; à déménager pour vivre avec la famille du garçon qui l’a mise enceinte, des gens totalement inconnus, et à ne pas être en mesure de rentrer à la maison, jusqu’à l’accouchement, et que la famille fasse les sacrifices appropriés pour briser la malédiction de sa grossesse sur le père … Le renforcement dans le suivi de ces cas par Brigitte est indispensable.

La formation de toutes ces filles comme un outil essentiel pour “leur sauvegarde”

Enfin, et tout aussi important, le cas de PK, 9 ans, dont les parents se sont séparés et tout comme l’argent dans la banque est partagé en cas de séparation, les 6 enfants ont également été distribués entre eux. PK a dû partir vivre avec son père, pour faire les tâches ménagères. Ici il n’y a pas de garde alternée ou de droits de visite, il est donc très probable que PK ne voit que très rarement ou, presque certainement, ne revoit, ni sa mère ni ses frères et sœurs vivant avec celle-ci.

Après chaque séance, Mme. Brigitte nous rend un petit rapport sur l’évolution des filles. Dans le dernier, elle me disait avec une grande joie comment AK avait progressé, et qu’elle n’était pas sortie depuis deux semaines maintenant à la recherche de l’“affection” des garçons, parce que la jeune fille elle-même avait réalisé que ce n’était pas bon pour elle, et elle l’avait décidé ainsi. Et elle a terminé le rapport en me disant : “ L’affaire AK n’est pas un cas isolé, la FAR sauve des vies. Je ne crois pas que vous en ayez conscience et il me parait juste de le faire savoir.

Et elle a raison, notre vie quotidienne ne nous permet pas d’être conscients de l’étendue de notre aide particulière à AK, SS, AB, MZ, RS, ZM et PK pour surmonter leurs tragédies, ce qui signifie leur sauver la vie. Et comme le dit Brigitte, il est juste de le faire savoir, mais c’est encore plus de juste, de vous remercier encore une fois, à vous tous qui nous aidez à aider. BARKA, BOUSSOGO, BOUSSOGO, BOUSSOGO ! (“Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup” en mooré, la langue des moosi, l’ethnie majoritaire du Burkina)