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“Wak? (Mauvais oeil…)”

Juin 29, 2019 | 0 commentaires

Il y a deux jours, le père d’une grande amie est décédé. Je veux croire qu’une autopsie exclurait la raison pour laquelle, du jour au lendemain, sans aucun symptôme de maladie, ils disent qu’il est mort : un « wak (mauvais oeil) d’un membre de la famille dû à un problème de propriété de terrains

La sorcellerie, que je comprends en tant que  « la croyance  selon laquelle un mal inexpliqué se doit à  l’intention maléfique de personnes dotées de pouvoirs surnaturels » a un grand poids dans le tissu social du Burkina Faso dans leur jour le jour. Les marabout,sorciers et sorcières qui, avec leurs pouvoirs cachés, présumés ou réels, attirent une clientèle généreuse en quête de richesse, de santé et de vengeance, abondent… Il y a beaucoup d’hommes et femmes, de toutes les classes sociales qui leur rendent visite tous les jours. Et je pense que 99 % de la population croit en eux. Ils brassent beaucoup d’argent et des disparitions quotidiennes de personnes pour des sacrifices leurs sont attribuées.

Il y a deux ans, sans aller plus loin, une des femmes chargées de l’entretien et la vente du puit de la FAR « Jeanología I » au  Zongo, a été accusée d’avoir provoqué le débordement d’un canal de drainage des eaux, raison par laquelle 5 enfants sont décédés entre eux son petit-fils. Le but : voler l’âme par des sacrifices… Avec le temps, qui se charge de tourt remettre en place. l’accusation resta en une « anecdote », si vous me permettez le mot, sans conséquences pour la femme.

Notre femme a eu beaucoup de chance, parce que ce type d’accusations, qui sont toujours « jugées » par un comité local de voisins, finissent par le bannissement de la femme, rejetée par sa famille et amis, cessant d’exister pour la société. Le bannissement de ces pauvres femmes est un problème tellement important que le gouvernement dispose de centres pour les loger.

Les justifications des accusations contre ces femmes sont variées et plus banales les unes que les autres. Le fait de ne pas avoir eu d’enfants, à la mort ou la maladie du mari (une accusation faite par la famille du mari), une maladie d’un membre de la famille…

Récemment on m’a parlé d’un ancien rituel qui consiste en réunir tout le village ou le quartier et transporter le cadavre d’une personne qui est censée être mort dans des circonstances surnaturelles. Celui-ci, le cadavre, guidera les porteurs vers le responsable de sa mort, qui a toujours tendance à être une femme… La meilleure chose qui puisse arriver à la femme est d’avoir un pressentiment qu’elle va être accusée et fuir avant que le rituel ait lieu parce que le meilleur pour elle est d’être lapidée pour cette raison…

Le projet du potager de la « Fondation Netri » pour les femmes de la FAR au Zongo a aussi eu droit à son anecdote, et cela a vraiment été une anecdote, il y a quelques semaines. Une des femmes qui y travaillait, a trouvé sur sa parcelle ce qu’elle croyait être un « wak » (mauvais œil) : un papier qui recouvrait de la poudre. La peur s’est emparèe de toutes les femmes, qui ont déserté le potager comme s’il était possédé. On nous a appelé et nous sommes allés immédiatement voir le Naaba de Rimkieta et de Zongo, chef traditionnel local, qui joue un rôle très important de cohésion sociale au Burkina Faso. Nous avons une merveilleuse relation avec lui. Le potager se trouve dans une zone de sa propriété, accordée à l’usage de la FAR. « Sa majesté », qui est le traitement des Naaba ici, s’est empressée de dire aux femmes que ce n’était pas un sacrifice ou quoi que ce soit, d’arrêter les bêtises, et qu’elles se remettent à travailler. Le Naaba croit que quelqu’un voulait faire peur à la femme de la parcelle, très probablement, pour une dispute familiale. Et si un Naaba, personnalité par excellence respectée pour l’exercice de rituels et de sacrifices traditionnels, dit que ce n’est rien, ce n’est rien. Donc dès notre sortie de sa maison, les femmes se sont dirigées au potager pour arroser, car c’était le moment de le faire.

J’ai commencé le post en disant que « je veux croire » qu’une autopsie rejeterait le surnaturel de la mort du père de mon amie. Et je veux le croire parce que, de la même manière que je trouve une explication naturelle à la majorité des événements qui ici ne la trouvent pas, il y a aussi certains autres évènements pour lesquels la rationalité n’est pas si évidente et c’est humain que je reste, au moins , avec un certain doute… Semblable à nos « meigas e bruxas galegas que existir non existen mais habelas haynas…”(“magiciennes et sorcières galiciennes en ce qui est de leur existence elles n’existent pas, mais en avoir il y en a…”

Pour finir, une petite confession à cet égard : chaque fois que nous coupons les cheveux de mon fils Wendkuni nous le ramassons et l’emmenons à la maison. Dans le salon de coiffure ils ont l’habitude de le faire. Juste au cas où, car ici avec les cheveux on fait de nombreux rituels. Je crains que, comme mon père  également le craint, je dois être en train de « m’africaniser» pour le meilleur, et il y a beaucoup de bon, et pour le pire…